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Et l'histoire retiendra

Auteur : Joël PENDANI | Publié le : 22/9/2025

L'histoire retiendra !

8mois mois après la date fatidique de la chute de Goma, chef-lieu de la Province du Nord-Kivu, à l'Est du Congo-Kinshasa et, au lendemain de la Journée internationale de la paix, il nous est impérieux de faire parler l'histoire dont les affres aujourd'hui continuent de meurtrir les humains, nos frères...
Cet article, rédigé en février juste après la chute de Goma, reste d'actualité aujourd'hui alors que la paix, à l'Est du Congo demeure une illusion. Ensemble, en pélèrins de l'espérance, soyons pour l'Est meurtri une lueur d'espoir !

En feu, Goma saigne, les larmes coulent du fond des cœurs. Plus de 3000 morts en seulement une semaine. Ce fût mon cri en février dernier, aux lendemains du carnage de Goma. Les sources et témoignages sur place renseignent que c'est plus de 6 000 personnes qui ont été massacrées lors de la prise de Goma, le 23 Janvier 2025, par les Forces Spéciales Rwandaises avec leurs supplétifs de l'AFC/M23. Tous ces morts dont les cadavres ont été abandonnés pendant quasiment deux semaines sur les passages publics au
point de les voir connaître la putréfaction et dégager une odeur infernale, sont des pères et mères des familles, des jeunes et enfants qui rêvaient encore et espéraient. La prison centrale de Munzenze a été un lieu d'horreurs sans précédent ; des centaines de femmes et enfants y ont été calcinés par des roquettes. Et nombreuses personnes ont succombé suite à un confinement imposé par le sort, dans leurs propres maisons : soit par balle soit écrasées par bombe, soit par inanition soit par déshydratation. Quelques femmes qui voulaient sortir à la
recherche d'eau ont été objets d'abus sexuels par les porteurs d'armes. Un1 véritable i1nhumanisme imposé sur un peuple innocent !
Quelques matins seulement ont suffi pour que la ville de Goma, l'icône de la région
orientale du pays, aux attraits touristiques, se transforme en un véritable enfer, asile de Lucifer. Des vies humaines fauchées, des maisons détruites, l'environnement noirci par la fumée des roquettes et dégradé par la putréfaction des corps sans vie et sans ensevelissement,
hélas, l'Est du Congo-Kinshasa, victime dune agression meurtrière depuis 30ans, est
aujourdhui plongé dans un espoir assassiné !
Voici quelques témoignages requis par les membres de l'ONG Together For Peace and Sustainable Development (TPSD) qui ont vécu la situation à Goma :

Premier témoin : « L'histoire est vraie et pleine de deuils. Cest luctueux, témoigne Mr. Serge,
un habitant de Goma. Du 23 Janvier au 03 Février 2025, une souffrance sans nom : enfermés, nous étions obligés de tout remplir en tant que besoin même physiologique, dans la maison, sur place, autant nous craignions de sortir au risque de recevoir des1 cartouches de balle. Moi-
même, une balle ma raté dans notre propre maison, retenue par le pilier en béton bien armé du plafond et, comme par miracle, tombée devant moi ! Un salut de justesse et de grâce.
Nonobstant, beaucoup sont ceux qui ont été touchés dans leurs maisons, touchés par des
balles exagérément empoisonnées. Tel est le cas dun voisin, un très jeune garçon âgé de
17ans. Une guerre non préparée, et donc non plus avisée. L'on dirait un accident que tout le
monde a connu au même moment à Goma. Goma est encore sous paralysie, tout le monde est
traumatisé. »

Deuxième témoin : « Je préfère donner ce témoignage sous l'anonymat, car la blessure que cette guerre a causée dans ma vie, je ne l'oublierai jamais. - Déclare cette dame de 24 ans,
visitée le Mercredi 12 Février par les membres de TPSD à Kituku, un quartier de Goma
proche du Lac Kivu.
- J'étais en pleins préparatifs de mon mariage, qui se conclurait
civilement le 28/01 et religieusement le 02/02. Tout s'est arrêté depuis l'entrée de ces rebelles
dans la ville, la nuit du 23/01. Tout le monde était obligé de ne pas sortir de crainte d'être victime d'une balle perdue (pourtant réelle). Vu qu'on avait coupure d'eau et d'électricité, après trois jours de confinement, nous n'avions plus d'eau à la maison et, le 26/01, tôt le matin, je me rendis au lac pour puiser. C'est là que je vis deux rebelles s'avancer vers moi, chacun bien armé. Mouillée de crainte, je sentis le ciel tomber sur moi, aucun mouvement ne me fut possible. C'est là, près du fleuve et en plein air, que jai été agressée sexuellement par ces sadiques. Les souvenirs me sont encore cuisants. (Larmes) — Choquée et traumatisée, je
ne pouvais rien, impuissante devant mes bourreaux qui m'abandonnèrent sur le sol à mon triste sort. Vu qu'il n'y avait pas moyen de me rendre à l'hôpital à cause de l'intensité de l'affrontement dans les rues, et toutes les pharmacies étant fermées, je ne sus que faire.
Retournée à la maison, je ne pouvais raconter ce drame à ma famille de peur d'être mal appréhendée. Dommage ! Le pire est que maintenant, je suis enceinte d'un rebelle. Je ne sais jusqu'ici en parler même pas à mon futur époux, car je sais qu'il n'acceptera pas de prendre la r1esponsabilité de cette grossesse non désirée, c'est aussi mon mariage qui est en danger. Quand j'y pense, mes larmes coulent à verse. »
Par ces témoignages, TPSD veut faire entendre la voix des sans voix, les cris d'un
peuple à bout de souffle et lance un appel universel et d'urgence. Désormais la région est devenue un lieu d'horreurs et de gémissements à cause du véritable carnage humain que subissent les pauvres innocents. Pendant que Goma est maintenant sous contrôle des rebelles
de l'AFC/M23, la guerre se poursuit dans le territoire de Lubero et dans plusieurs
agglomérations autour de Bukavu, au Sud-Kivu. Depuis que la ville est sous contrôle des rebelles, tout est bloqué. Les conséquences sont dramatiquement grandiloquentes. Les
hôpitaux sont débordés de blessés, les pharmacies vides, et les malades sont abandonnés à leur triste sort ; des vies sont perdues chaque jour juste par manque d'approvisionnement en
médicament, le soin devient presqu'impossible.
La fermeture de l'aéroport et de la voie lacustre exacerbe une situation déjà critique.
Manger est devenu une bataille quotidienne, les prix des denrées alimentaires et des biens de
consommation ont flambé et de nombreuses familles ne peuvent manger qu'une fois les deux jours par manque d'argent. Que dire des enfants qui sont campés dans les orphelinats à place,
et qui n'ont personne sur qui compter ? « Les orphelinats sont débordés, pas de matelas, pas de nourriture pour des centaines qui se sont ajoutés. A cause de l'insuffisance alimentaire, la
santé des plusieurs enfants s'est détériorée. Les centres de nutrition, qui autrefois distribuaient des vivres aux plus vulnérables, n'ont plus rien à offrir. Sans aide rapide, la malnutrition va devenir une catastrophe humanitaire à la suite du carnage dont les douleurs sont encore cuisantes. Déjà l'on voit des adultes sévanouir d'épuisement dans les rues, des mères qui n'ont plus de lait pour nourrir leurs bébés. » A témoigné Daniel, un habitant de Goma. L'incertitude de la survie et la peur de l'inconnu créent un climat de frustration et d'impuissance parmi les
populations. Pendant que Goma et Bukavu sont sous esclavage systémique, la guerre se poursuit dans le territoire de Masisi, Walikale , Kalehe. De l'autre côté, dans les territoires de Beni, Lubero, Irumu, Mambasa et Komanda, c'est le sang qui coule à flot et sans limite, les fameux rebelles de l'ADF-NALU poursuivent leur mission infernale: celle de décimer tout un peuple par des armes blanches. Là-bas, des êtres humains, nos semblables, vieux, enfants, femmes comme jeunes sont découpés à morceaux de viande; d'autres sont brûlés vifs dans leurs propres maisons. A seulement deux mois passés, plus de 600 personnes en ont été victimes. Depuis 2012, ce sont des milliers des personnes qui en ont été victimes.

Lheure est grave et aucune conscience éprise d'humanité ne doit plus se taire devant une telle dégradation. Lhumanité en péril, à Goma en particulier, et dans toute la partie Orientale du Congo-Kinshasa en général, cest la même humanité de l'homme de partout et de
toujours. L'histoire retiendra, et chacun sera responsable de ses actes et même de son silence.

Face à cette déshumanisation, rester indifférent est tout simplement inhumain. C'est au nom de ceux dont la voix n'est plus entendue ou du moins de ceux qui ne peuvent plus crier que TPSD lance cet appel. La dé-figuration des visages humains, le scandale de ces crimes orchestrés à ciel ouvert doit nous interpeller et nous mettre tous en action. Ce n'est pas juste une crise, c'est une urgence humanitaire et sanitaire qui demande une réponse immédiate.

Joël KOMANDA PENDANI

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Commentaires

Emmany Wabike

La guerre considérée par des stratèges militaires, comme continuation de la politique par d'autres moyens, reste une hécatombe pour les populations orientales du Congo majestueux. Des victimes, et encore des victimes. Nos larmes pour nos morts, la terreur pour les survivants n'est pas une raison de ne pas espérer une paix pérenne.

Le 22/9/2025

Le 22/9/2025
Emmany Wabike

La guerre considérée par des stratèges militaires, comme continuation de la politique par d'autres moyens, reste une hécatombe pour les populations orientales du Congo majestueux. Des victimes, et encore des victimes. Nos larmes pour nos morts, la terreur pour les survivants n'est pas une raison de ne pas espérer une paix pérenne.

Le 22/9/2025
Emmany Wabike

La guerre considérée par des stratèges militaires, comme continuation de la politique par d'autres moyens, reste une hécatombe pour les populations orientales du Congo majestueux. Des victimes, et encore des victimes. Nos larmes pour nos morts, la terreur pour les survivants n'est pas une raison de ne pas espérer une paix pérenne.

Le 22/9/2025
Chris

Et nous alors qui sommes au Sud Kivu, tu nous as oublié pourtant nous sommes dans la même situation Par exemple moi le samedi j'ai été victime de ces gens depuis 14h jusqu'à 19h enfermé dans leur pourriture de maison, des odeurs de cadavres , les asticots par tout ,.......

Le 22/9/2025
Mbonikunze Bibesho Justin

Ceci n’est pas qu’un simple écrit mais un cri consciencieux et solidaire pour tout ce monde qui vit dans l’obscurité sur tous les plans humanitaires. 🥹💔 L’histoire retiendra que Joël Pendani avec son esprit humanitaire ne fut pas qu’un simple congolais mais un vrai soldat du peuple vulnérable. 🙏🏽👏🏽 TPSD Wende Mbele! 🫂🙏🏽

Le 22/9/2025