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Chaque début du mois de septembre de chaque année marque la rentrée scolaire en RD Congo. Les centres commerciaux et marchés proposent des fournitures scolaires en masse aux parents. Les panneaux publicitaires, les annonces et même les radios reviennent souvent sur les inscriptions scolaires. Une fois l’ouverture de l’année scolaire décrétée, les routes et rues sont remplies d’écoliers et élèves porteurs majoritairement d’un uniforme bleu et blanc. Ces apprenants, reprenant le chemin de l’ecole, affluent vers leurs classes pour étudier. Pour les anciens, la rentrée scolaire est aussi une occasion de renouer les amitiés tandis que les nouveaux doivent encore briser la glace de leur solitude et timidité pour liberer quelques mots à leurs nouveaux camarades.
Ces évenements liés à la rentrée scolaire illustrent l’importance accordée à l’éducation en RD Congo. Ainsi, La formation scolaire, un des aspects de l’éducation, est utile pour l’avenir de la société, auquel il convient de porter une grande attention. Toutefois, plusieurs péripéties, notamment la guerre, rendent pénibles les activités scolaires à l’Est de la RD Congo.
Au cœur de l’Afrique, dans la région des grands lacs, l’école qui est un milieu éducatif par excellent, subit des représailles et les atrocités liées aux conflits armés. Tout au long de ce plaidoyer : Il serait impérieux de porter le soucis du pape Jean Paul II dans son message de la Journée Mondiale de la Paix du 1er Janvier 1999, « Comment ne pas être préoccupé en voyant que dans certaines regions parmi les plus pauvres du monde les occasions de formation diminuent en realité peu à peu, surtout en ce qui concerne l’instruction primaire ? » Nous reviendrons dans un premier temps sur les difficultés que rencontrent chaque année, les regions de la partie orientale de la RD Congo avant de lancer un vibrant appel à la conscience de tous et chacun en vue d’une formation de qualité repondant aux attentes de nos sociétés en mutation.
A l’ouverture de cette année scolaire 2025, il suffit de survoler la region orientale de la RD Congo pour comprendre la gravité de la situation securitaire. Cette dernière affecte énormément le milieu scolaire. Nombreux groupes armés operent dans plusieurs entités.
Dans les territoires d’Irumu et Djugu, les milices CODECO et les conflits Hema-Lendu décident de la vie et survie les populations. Beni et Lubero subissent respectivement les atrocités des ADF-NALU, et les échanges des tirs à répétition entre les branches du mouvement « Wazalendo » ou entre les « Wazalendo » et les forces loyalistes FARDC. Masisi, Nyiragongo, Walikale sont occupés par les troupes AFC/M23 qui imposent une autre manière de diriger contre au gouvernement national de Kinshasa. Force est de constater les multiples attaques des mouvements Wazalendo dans ces zones occupées ainsi que diverses incursions nocturnes et tueries ciblées qui endeuillent plusieurs familles. Les hauts plateaux de Fizi, Minembwe, les territoires de Kalehe, Shabunda, Uvira, Mwenga ne sont pas épargnés des toutes les atrocités entre les milices Twiraneho ou Red Ntabara liés au mouvement AFC/M23 et les multiples commandements des wazalendo. S’il faut reconnaître l’influence des forces armées étrangères du Burundi et du Rwanda, les territoires de la province de la Tanganyika subissent déjà les conséquences liées à l’insécurité venue des provinces du Nord et du Sud Kivu.
Au regard de cette insécurité, les activités scolaires dans plusieurs localités ont commencé timidement ou n’ont pas été opérationnelles. Pour plusieurs raisons, les apprenants sont restés à la maison. Certains enfants sont toujours obligés de parcourir des longues distances pour atteindre leurs écoles. La terreur semée, les braquages et cambriolages opérés sur ces routes et dans leurs établissements scolaires obligent leurs parents à les garder à la maison. Pour d’autres, devenus orphelins, suite aux meurtres de leurs parents et tuteurs, n’auront pas beaucoup de chance de revoir « le tableau noir » scolaire.
Bien que la Déclaration universelle des droits humains, dans son article 26 paragraphe 1, proclame : « Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire. L’enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite », l’amélioration du système éducatif congolais dans les milieux en guerre tourne toujours au ralenti. Les classes, lieux de refuge de certains déplacés de guerre, jouent doublement le rôle de dortoir et cuisine pour les réfugiés, tandis qu’en période scolaire, elles sont « des temples du savoir » pour les apprenants. Quelles infrastructures, pour quelle qualité d’enseignement ? Sans bibliothèque, sans laboratoire ni personnels enseignants qualifiés, beaucoup d’ecoliers restent avec des déficits scolaires. Il n’est pas extraordinaire de rencontrer encore dans certaines écoles, des enseignants sans manuels scolaires, sans craies, sans salaires, pire encore sans formation pédagogique suffisante.
Point n’est exigeant de constater que certaines écoles n’ont jamais été réhabilitées depuis des années, et se ruinent actuellement à cause des intempéries, des fortes pluies, des orages. Malgré les efforts considérablement du gouvernement de rebâtir certaines écoles et de déclarer une éducation primaire gratuite pour tous, ces décisions demeurent une lettre morte dans beaucoup d’endroits. Là où l’autorité de l’Etat n’est pas installée, là où la gouvernance est entre les mains des milices, là où les sites miniers sont contrôlés par les groupes armés, comment y imposer un système éducatif stable et qualifié ? Beaucoup d’enfants sont contraints de se faire enrôler dans les groupes armés ou de travailler dans les sites miniers. Ainsi, le milieu scolaire est bafoué et l’éducation de plusieurs enfants est sacrifiée dans les milieux en guerre.
Quel système éducatif projeté pour relever les défis actuels de notre région des grands lacs en mutation ?
Géologiquement riche, l’Est de la RD Congo bénéficie d’un climat des hautes altitudes, d’une diversité des cours d’eau et des terres fertiles favorables pour les activités agropastorales. Ces atouts devraient nous rappeler l’impact de l’éducation sur le développement. Rappelons ces propos de la déclaration finale du Forum de Dakar d’avril 2000 : « L’éducation est la clef du développement durable ainsi que de la paix et de la stabilité à l’intérieur des pays et entre eux. Elle constitue donc un moyen indispensable d’une participation effective à l’économie et à la vie des sociétés du XXIe siècle, qui témoignent d’une globalisation rapide. » En effet, apprendre implique le savoir-être et le savoir-faire. Ces propos du Forum de Dakar insistent sur une action éducative qui transmet la culture de la paix, le souci d’un développement qui tient compte de la sauvegarde de la création, des générations présentes et futures.
Pour l’Est de la RD Congo, terroir des guerres, l’éducation devrait être une « catéchèse » à la paix, à la tolérance, à la non-violence active et à l’émergence économique et entrepreneuriale. Point n’est besoin d’apprendre des réalités scientifiques sans apprendre les valeurs citoyennes : Le pardon, le respect des règles hygiéniques, l’amour du prochain, le respect du bien personnel et communautaire, l’usage éthique des nouvelles technologies, le patriotisme, l’hospitalité réservée à l’étranger, la justice envers la veuve et l’orphelin, la défense des opprimés et marginalisés. « Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez l’opprimé, faites droit à l’orphelin, défendez la veuve. » Esaïe 1,17. Errol Miller, participant au Forum de Dakar 2000, rappelle qu’aujourd’hui « les élèves ne doivent non seulement apprendre à lire, à écrire et à compter, mais aussi à penser, à faire preuve d’esprit critique et créatif, à travailler ensemble, à se former sur différents sujets, à être capables d’utiliser les nouvelles technologies et à se conduire en citoyens de sociétés civilisées. »
Ainsi, l’Est de la RD Congo a besoin nous seulement de former dans les écoles des bons citoyens, des artisans de la paix mais aussi des bons entrepreneurs. Quelle charge horaire, quelle pondération, quelle motivation et attention sont accordées pour atteindre les objectifs relatifs au sujet du développement durable, à la morale, à l’entreprenariat, à la religion, à la politique économique ? Pour plusieurs options, ces cours sont facultatives et moins pondérées : La gymnastique, le civisme, la religion, l’éducation à la vie, l’économie politique, la technologie, l’hygiène et assainissement, la géographie, l’histoire, le travail manuel, etc.
Révolutionner l’éducation nationale à l’Est du Congo nécessite un éveil de conscience de tous les acteurs opérants dans le domaine éducatif. C’est ce cris d’appel à l’éveil de conscience que nous lançons à l’Etat congolais et à chaque congolais, à toutes les ONG œuvrant dans le domaine éducatif, à chaque personne soucieuse d’une éducation de qualité et à toutes les personnes de bonne volonté. Le gouvernement et les groupes armés doivent manifester leur volonté de faire « taire les armes » et de faciliter la recherche de la paix. Les autorités responsables de l’enseignement primaire, secondaire et professionnel doivent révolutionner le système éducatif congolais afin de répondre aux attentes de notre société en quête de paix et en voie de développement durable. Il est temps de venir en aide aux écoles et aux enfants non scolarisés pour qu’ils bénéficient d’un enseignement de qualité. Ainsi, l’éducation restera, aux dires du sud-africain Nelson Mandela, « l’arme la plus puissante qui puisse changer le monde. »
A l’occasion de la rentrée scolaire 2025, 1er Septembre 2025
L'éducation reste l'arme la plus puissante qui puisse changer le monde. De Nelson Mandela. Merci pour ce merveilleux article qui peint la situation que traverse les jeunes apprenants dans la partie Est de la RDC. La situation reste précaire.
L'éducation et son effectivité en territoire congolais restent encore un défis majeurs à relever. Puissions-nous espérer aux jours meilleurs !