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LA CRUAUTE HUMAINE A GOMA: TEMOIGNAGE D'UN MEMBRE DE TPSD

Auteur : SERGE WASINGYA, MerJe | Publié le : 10/2/2025

La cruauté humaine à Goma.
Homo res sacra (l'homme est -une chose- sacré-e-. Sénèque le philosophe
C'était un jeudi quand tout avait commencé, en ville de Goma, une situation que les acteurs (militaires de l'AFC/M23) ont appelée une libération de la ville ...
Mon texte est un témoignage.
Pendant ce temps (aux environs de 9h45), j'étais à l'école, nous approchions la récréation que soudain la direction ordonna que les élèves retournassent chacun à sa demeure jusqu'à nouvel ordre.
L'histoire est vraie et pleine de deuils. C'est luctueux (Qui inspire ou conçoit un sentiment de tristesse funèbre.)
Comme la nouvelle circulait déjà que l'ennemi était aux portes de la ville, les esprits de nombreuses gens s'agitèrent. Du coup, les commerçants profitèrent de cet imbroglio politique et varièrent les prix surtout des denrées alimentaires à la hausse. Homo homini lupus, c'est-à-dire l'homme est un loup pour l'homme, l'a reconnu le comédien latin Plaute au III ème siècle avant le Christ naissant dans sa pièce Asinaria. Voilà le début de la tragédie que nous avons traversée dans cette ville.
Le constat amer est tel que l’homme est souvent porté à nuire à son semblable.
Pendant cette crise, la population a traversé une série de situations indispensables à la vie de l'homme, une pénurie totale et dans tous les sens pendant une semaine et quelques jours, dirais-je une semaine et quelque trois jours, du 23 janvier au 03 février 2025. Une souffrance sans nom: la disette imposée, la carence alimentaire totale, la coupure d'électricité, l'absence de l'approvisionnement en eau tant potable que autre, la déconnexion internet ainsi que simple ou ordinaire prolongée , le pillage des magasins, des supers marchés et autres, le vandalisme des dépôts de produits pharmaceutiques, la désacralisation de la vie humaine à travers les tirs des balles à bout portant sur les citoyens (les civils), l'abandon des cadavres tant des militaires que des civils sur les passages publics pendant des jours au point de les voir connaître la putréfaction et dégager une odeur infernale, les crépitements de balle à travers la ville ça et là, victimiser la population par des balles dites perdues pourtant reçues par certains, les engagements de bombes sans direction précise jusqu'à toucher les écoles même les habitats des citoyens voire détruire ainsi l'environnement, les incendies des maisons, et autres.
Dans mon témoignage, je vais développer le point portant atteinte sur la vie humaine pendant cette période pénible et ses conséquences visibles actuellement sur et parmi les peuples gomatraciens.
Sans perdre la file, à la lumière de ce qui précède, nous voyons à combien de fois, sans même entrer dans le vif, la flagrante désacralité de la vie dont l'homme en tant qu'un être sacré a souffert.
Nous rappelons donc que pendant toute la période, l'humanité était obligée de tout remplir en tant que besoin même physiologique, dans la maison, sur place, autant elle craignaient de recevoir des cartouches communément dites perdues. Moi-même, une balle m'a raté dans notre propre maison, retenue par le pilier en béton bien armé du plafond, n'est-elle pas tombée devant moi ? Un salut de justesse et de grâce. Nonobstant, beaucoup sont ceux qui ont été touchés dans leurs maisons, touchés par des balles exagérément empoisonnées, le dis-je. En effet, même une simple égratignure de la cartouche sur le bras suffisait pour ôter la vie à la victime qui l'aurait reçue. Tel est le cas d'un voisin, un très jeune garçon âgé de 17 ans.
Une guerre non préparée, et donc non plus avisée. L'on dirait un accident que tout le monde a connu au même moment à Goma. L'on comprend par ici ce que cette inopinée allait produire : ceux dont le stockage alimentaire était limité ou réduit étaient exposés à la mort de faim. Effectivement, beaucoup d'enfants, adolescents, adultes, vieux et vieillards en ont succombé soit d'inanition soit déshydratation. Jamais pareil défi, je n'avais connu. Une semaine et quelques jours sans nourriture, une semaine et quelques jours sans eau. Quel Inhumanisme sans précédent imposé sur un peuple innocent ! Sans sous, sans rien et personne pour ouvrir à l'autre sa porte dans la phobie de ne l'ouvrir au danger, la population courageuse a développé un vol justifié. Ayant compris qu'on ne pourrait nulle part fuir la mort, le peuple s'est trouvé dans l'obligation de s'y exposer. Mais l'objectif de ce hasard était unique, celui de trouver les vivres pour sauver les vies. Dans cette ambiance, plus de la moitié de la population urbaine s'est engagée et grand nombre de gens sont morts par fusillade à bout portant chargés de vivres qu'ils venaient de se procurer par la voie qu'ils projetaient jamais dans leurs vies. Paupertas infelix homines ridiculos fecit (la pauvreté malheureuse rend les hommes ridicules), dit-on.
Pendant cette situation, il n'y a eu personne pour subvenir aux besoins de l'autre. La marche sur les cadavres des gens à la recherche de la survie de leurs familles était difficile à échapper. Même ceux qu'on parvenait à l'hôpital y mouraient sous les yeux impuissants des médecins faute de médicaments, le dépôt ayant férocement été vandalisés et chaleureusement pillés par des sadiques.
Le délestage s'en est suivi. Le courant a été coupé sur toute l'étendue de la ville avec d'énormes dégâts sans citer les morgues qui n'arrivaient plus à jouer leur rôle, les patiens sous oxygène dans les hôpitaux qui n'en revenaient plus, les réchauds électriques qui accentuaient le désespoir chez la population, les appareils de communication et j'en pense. Un ami qui, à forcer de se demander si notre pays était un pays à pied d'égalité que les autres ou la géhenne qui loge le diable sur terre, est arrivé à piquer une crise de trouble mental. Et encore ici, cet ami imaginait la situation bien en distance: cogiter à Beni sur la situation de Goma, distance d'environ 400 km. A moi de me demander, si quelqu'un en distance en arrive à ce point, qu'adviendra-t-il à celui qui a vécu tous les drames et qui a toutes les situations en esprits et qui y défilent comme dans un film télévisé. Cela dit, nous avouons ce que nous ne souhaitons pas : une folie en gestation chez plusieurs gens. Les troubles psychiques actuels, bien sûr encore ternes, sont de toutes les origines visuelles, auditives, ... Pour preuve, aujourd'hui l'agressivité et la non maîtrise de soi, l'anorexie , les insomnies, les monologues extériorisés sont très visibles chez les peuples pour autant que pendant la guerre, on a été soumis aux conditions traumatisantes telles que plus haut expliquées, après la guerre on a assisté à de jamais vu, à de jamais imaginé : partout, dans tous les quartiers de la ville, dans presque toutes les avenues, il y a eu des corps sans vie abandonnés, partout on a trouvé des tenues militaires jetés, partout on a vu des munitions (fusils, chargeurs, grenades, bombes, roquettes, ...)
Quelqu'un se demanderait, qui a pendant ce temps-là enterré les morts. Oui, une majeure question dans une situation sans courant pour même la conservation des corps inertes. Et si même, le délestage n'avait pas eu lieu, si peu de morgues que l'on compte, qui seraient conservés et qui non ? Pour environ deux mille huit centaines de corps, quelle/quelles morgue/s les recevraient. La vérité, c'est que les corps se décomposaient les uns sur les autres soit dans des morgues impuissantes soit dans les rues. Nous sommes vendredi 7 février 2025 pendant que je rapporte ce que j'ai vécu, il y a encore des corps aujourd'hui qui traînent sur le sol et qui subissent toutes les dégradations possibles et imaginables.
Où est le sens sacré de la vie humaine ?
L'inhumanité a érigé son domicile chez nous, et nous en souffrons par contrainte. La communauté internationale, on ne sait...
C'est le mardi 4 février, un jour pendant ceux où le calme commençait à se rétablir encore que j'ai rencontré un camp de réfugiés à la paroisse Notre Dame d'Afrique de Katoyi-Goma. J'allais fondre en larme à voir les conditions de vies où se trouvent ces déplacés de guerre. Plus de 900 familles partagent un espace très réduit pour y vivre. Clair, trois grandes salles susceptibles de recevoir par chacune au plus 200 personnes. Où est la dignité humaine ? Sans WC, sans douche, sans cuisine et sans eau jusqu'à cette heure. J'y reviens encore, aujourd'hui un bidon d'eau revient à 500 FC quand avant la guerre il coûtait 100 FC. Où doit finir mon peuple ? N'est-ce pas vrai ceci une autre forme de guerre. Où est la Paix, où est la tranquillité ? On fuit un mal de guerre pour souffrir un autre dans/sur son lieu de refuge. Les yeux pleins de pitié, j'ai essayé d'observer les enfants et hélas, ils incarnaient la cruelle misère, ils dégageaient la souffrance, ils inspiraient la pitié. Où est le sens de la vie dans ce pays ? Alors leurs parents, c'est toujours sans espoir du lendemain vivable qu'ils ne savent même ce qu'ils vont consommer la nuit. La Pape François n'a-t-il pas déclarée cette année, une année d'espérance ? Mais où est l'espérance ou l'espoir d'espérer à Goma ? La vie se veut toujours un combat ou une guerre contre les jours ? Je n'arrive pas à penser si depuis que ce camp des déplacés de guerre y est établi, même la moitié de ses habitants est arrivée à se laver le corps. Et où se laver dans un espace trop exigu et modique ?
Somme toute, le sens de la dignité humaine paraît perdu et inexistant dans cette zone urbaine de Goma qu'il faut à tout prix le restaurer. L'homme, autant traumatisé, est devant être pris psychologiquement en charge pour éviter autant de dégâts prévisibles.
Les hôpitaux sont devant être renforcés en médicaments pour sauver les vies...
La Paix durable se doit être rétablie pour éradiquer le mal et disparaître sa souche.

Serge Wasingya

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Commentaires

Komanda

C'est pitoyable. J'ai fondu en larmes, en lisant ce témoignage venu d'un cœur chagriné.

Le 13/2/2025

Merci beaucoup pour ce temoignage si touchant et qui relate la situation de Goma

Le 13/2/2025
Oscar Musumba

Merci beaucoup. Gardons l'espoir sans jamais baisser les armes car l'avenir de notre postérité dépend de la qualité de notre engagement patriotique et humanitaire.

Le 13/2/2025

L'heure est grave à l'Est du Congo. Que Dieu veille sur nos frères congolais

Le 14/2/2025
Christian Kashemwa

Je viens de faire une lecture attentive de votre témoignage sur la cruauté humaine vécue à Goma. Au fond, c'est alarmant, et trouver les mesures palliatives à cette situation chaotique, se veut un impératif. Toutes les couches sociales étant touchées, la remediation à ce tumulte nécessite ainsi l'intervention de toutes les organisations tant nationales qu'internationales. Goma saigne, le Kivu saigne, mais c'est un saignement interpellant! Christiankashemwa

Le 18/2/2025