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TEMOIGNAGE SUR LA SITUATION SOCIO-ECONOMIQUE DE LA VILLE DE GOMA

Auteur : Mme ABIGAEL SYAGHUSWA | Publié le : 10/2/2025

Goma sous blocus : Impact économique d’une crise sans précédent

Témoignage de Mdm Abigaël Syaghuswa, membre de TPSD à Goma.

La ville de Goma, porte d’entrée du commerce dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), traverse actuellement une crise économique sans précédent. Depuis la prise de la ville par les forces de l’AFC/M23, la situation sécuritaire a plongé la population dans un état de survie, avec des répercussions dramatiques sur l’économie locale et nationale. Le blocus imposé, les coupures des voies de communication, coupure d'électricité, manque d'eau, coupure de connexion internet et la paralysie de toutes les activités économiques ont fragilisé une ville déjà vulnérable. Cet article se propose d’examiner de manière approfondie les impacts économiques de cette tragédie, en mettant en lumière les défis majeurs auxquels fait face Goma et la nécessité d'une intervention urgente pour protéger l’avenir économique de ses habitants, en particulier de sa jeunesse.

1. Le blocage des voies de communication : une asphyxie économique

Depuis que Goma est tombée sous le contrôle de l’AFC/M23, les voies de communication essentielles ont été coupées. Il est désormais impossible de voyager par voie aérienne ou lacustre, bloquant ainsi l’approvisionnement de la ville en produits de première nécessité. Cette coupure a non seulement isolé Goma du reste du pays, mais elle a également rendu toute aide humanitaire extrêmement difficile à acheminer.

Les conséquences sont immédiates et dramatiques : les prix des denrées alimentaires et des biens de consommation ont flambé, rendant la vie encore plus difficile pour une population déjà vulnérable. Le riz, le sucre, l’huile et d'autres produits de base, qui étaient auparavant accessibles à une large majorité de la population, sont désormais réservés à une élite. L’approvisionnement en médicaments et en soins de santé devient presque impossible, augmentant le fardeau sanitaire et humanitaire. La coupure des voies commerciales engendre aussi une pénurie générale de biens, exacerbant une situation déjà critique. La famine devient la conséquence logique de cette crise économique, ce qui constitue un véritable fléau.

Le manque de circulation financière, provoqué par le blocage des routes et l'incapacité des commerçants à réapprovisionner leurs stocks, a plongé la ville dans un état d’asphyxie économique. Le commerce local est gravement perturbé, affectant les petites et moyennes entreprises, ainsi que les grandes surfaces.

2. La paralysie des activités économiques : une ville à l’arrêt

L’économie de Goma, fondée principalement sur le commerce informel, l’entrepreneuriat et les services, est aujourd’hui paralysée. Avec l’interruption des activités commerciales et industrielles, l'impact est dévastateur pour les travailleurs journaliers et les petites entreprises. Beaucoup de ces travailleurs, qui constituaient la colonne vertébrale de l'économie de Goma, se retrouvent sans emploi et sans ressources, incapables de subvenir aux besoins de leurs familles.

De plus, l'évacuation des liquidités des banques a été un coup supplémentaire pour l’économie locale. Toutes les banques de Goma ont évacué leurs fonds et une partie de leur personnel, et l’argent qui reste en circulation dans la ville est celui qui est encore entre les mains des habitants. Cette situation a mis un frein majeur à toutes les transactions financières, rendant impossible tout échange monétaire normal dans les commerces, et augmentant la dépendance à une économie de survie où l’argent en circulation est rare et peu fiable à tel point qu'on commence à acheter l'argent. ( Genre pour retirer l'argent via les mobiles money on demande 10% du montant à retirer)

Les secteurs qui dépendaient fortement du tourisme, comme l’hôtellerie et la restauration, sont également frappés de plein fouet. L'absence de touristes, conjuguée à l'incapacité des entreprises locales à s'approvisionner en produits, a complètement détruit l’activité dans ce domaine, accentuant encore l’effondrement économique de la ville.

3. Une jeunesse en détresse : chômage et incertitude

L’impact de cette crise sur la jeunesse de Goma est particulièrement dramatique. Avant même la guerre, le taux de chômage des jeunes était élevé, mais la situation actuelle a aggravé la situation à un niveau catastrophique. Les jeunes, déjà victimes du manque de perspectives d’emploi, se retrouvent aujourd’hui totalement désorientés et privés de toute forme d’avenir. Ceux qui ne fuient pas ou ne sont pas recrutés dans des groupes armés vivent dans un état de désespoir absolu, sans possibilité de formation, de travail ou de soutien.

Le manque d'opportunités de travail et la destruction de nombreuses entreprises augmentent les risques pour ces jeunes, dont certains se tournent vers des activités dangereuses ou illégales, poussés par le besoin de survie. La situation est d’autant plus grave que les établissements scolaires et universitaires sont fermés, privant ainsi les jeunes générations de toute forme d'éducation.

4. Le pillage de plusieurs entreprises et dépôts : besoin d'un soutien pour se relancer

Signalons que le jour de l'entrée de ce mouvement rebelle dans la ville de Goma, la prison a été brûlée et les prisonniers se sont échappés pour rejoindre leurs demeures. Étant donné que tout était arrêté, condamné à un confinement de 4 jours, sans courant ni connexion, les mêmes prisonniers libres ont alors saccagé la ville par un pillage horrible (motos, téléphone, habits, ordinateur, nourriture, souliers, bref, tout ce qui peut être vendu a été pillé pour être revendu en bas prix...) à tel point que plusieurs jeunes entrepreneurs victimes de ce pillage sont stressés jusqu'à présent et découragés de recommencer. Un désespoir total suite à ce chaos inattendu.

L’incertitude quant à l’avenir et la peur de l’inconnu créent un climat de frustration et d’impuissance parmi les jeunes, qui voient leur pays les abandonner à leur triste sort et leur ville sombrer dans un marasme économique et social sans fin.

5. Après la guerre : la nécessité d’un encadrement économique et entrepreneurial

Alors que la guerre ravage les infrastructures et les vies humaines, il est impératif de penser à la reconstruction économique de Goma. Cela passe par un soutien massif à la jeunesse, qui représente l’avenir de cette ville. La relance économique de Goma, après la guerre, dépendra fortement de la capacité des autorités et des acteurs internationaux à offrir un encadrement entrepreneurial solide.

Des programmes de formation professionnelle, de soutien à l’entrepreneuriat et à la création de petites entreprises doivent être mis en place pour esporedonnerir et dynamisme à la jeunesse. La communauté internationale et les acteurs économiques doivent également intervenir pour favoriser un retour rapide des investisseurs et des entreprises afin de reconstruire le tissu économique local. Cela passera par un soutien à l’agriculture, au commerce, à l’industrie légère et aux services.

L’État congolais, ainsi que les organisations humanitaires et économiques, devront se concentrer sur la création d’opportunités d’emploi à long terme pour la jeunesse, notamment à travers des projets agricoles, industriels et technologiques. Il est crucial d’envisager la reconstruction d’un modèle économique durable et résilient, capable de résister aux crises futures et d’offrir aux jeunes une alternative à la violence et à l’exil.

Conclusion

La crise actuelle à Goma est une tragédie humanitaire et économique, mais elle est aussi une opportunité de repenser la manière dont nous abordons le développement économique dans cette région. Il est essentiel de mettre en place des solutions immédiates et à long terme pour soutenir les habitants de Goma, en particulier les jeunes, et leur permettre de reconstruire leur avenir. La communauté internationale, les autorités congolaises et les acteurs locaux doivent se rassembler pour fournir l’assistance nécessaire à cette reconstruction. Le défi est de taille, mais l’espoir d’une ville résiliente et d’une jeunesse forte est possible si des actions concrètes sont menées dès maintenant.

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Commentaires

Charles Mwami

Merci pour cet article qui retrace fidement la situation socio-economique de Goma

Le 10/2/2025
Charles Mwami

Merci pour cet article qui retrace fidelement la situation socio-economique de Goma

Le 10/2/2025
Joël PENDANI

C'est très profond, ce témoignage. Quand l'économie est en crise, chacun fait sa loi et la culture des violences s'installe. La situation socio-économico-politique à l'Est du Congo devient de plus en plus inquiétante...

Le 13/2/2025
Charles Mwami

c'est vraiment pitoyable

Le 13/2/2025
Hugo Hugues

Merci pour cette article

Le 13/2/2025